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Prendre soin de soi en entrepreneuriat : Au-delà du mythe du tout ou rien

Dominik Loncar | 19 mai 2026

« Tout ce qui est humain peut être nommé, et tout ce qui peut être nommé devient plus facile à gérer. Lorsque nous arrivons à parler de nos émotions, elles deviennent moins envahissantes, moins troublantes et moins effrayantes. » — Fred Rogers

En entreprenariat, plusieurs ont l’impression qu’il faut toujours tenir bon. Toujours avancer seul.e contre le reste du monde. L’aventure commence avec vous, c’est vrai, mais cet état d’esprit cultive une attente dangereuse : celle de devoir toujours exceller, faire preuve de résilience et garder le contrôle. On vous pousse à incarner le rôle de l’héroïne ou de l’héros. Sinon, vous avez l’impression d’échouer. C’est ce que j’appelle le modèle du « tout ou rien », une vision rigide, irréaliste et insoutenable qui ne laisse aucune place au bien-être émotionnel.

Plusieurs entrepreneur.e.s croient qu’ils doivent toujours projeter de la confiance et cacher leurs doutes, peurs ou signes de fatigue. Ils continuent de foncer en se disant que c’est le prix à payer. Pourtant, plus on réprime ce que l’on vit, plus le poids devient lourd. Ce qui n’est pas exprimé ne disparaît pas; cela s’accumule. Prendre soin de soi n’est pas un luxe, c’est essentiel pour durer.

Nommer pour mieux gérer

La première étape consiste à prendre conscience de son état. Reconnaissez ce que vous ressentez et nommez-le. Dire « je me sens anxieux.se » ou « j’ai l’impression d’être un.e imposteur.e » change tout. Vous créez une distance entre vous et l’émotion; vous ne faites plus un avec elle, vous l’observez. Mettre desmots précis est ici essentiel pour aller au-delà du simple « ça va » ou « ça ne va pas ». Essayez de déterminer si vous ressentez de l’appréhension, de la déception ou si vous êtes simplement dépassé.e. Utiliser une roue des émotions peut vous aider à enrichir votre vocabulaire si vous bloquez.

Il existe aussi une distinction cruciale : une émotion n’est pas une identité. Se dire « je suis un.e imposteur.e » vous emprisonne. Se dire « je me sens comme un.e imposteur.e » vous redonne de l’espace pour bouger. Le premier énoncé est fixe, le second est temporaire. Ce petit changement crée un recul qui vous offre des options. Vous pouvez alors poser de meilleures questions et réagir avec intention plutôt que de subir, tout en accueillant votre expérience sans vous juger. C’est là que le changement commence.

Nommer, puis agir

Une fois l’émotion identifiée, gagnez en clarté avec ces questions :

Qu’est-ce qui me dépasse exactement?

Sur quoi ai-je du contrôle aujourd’hui?

Quel est le petit pas que je peux faire maintenant?

Ces questions aident à passer à l’action. Même si la clarté émotionnelle ne supprime pas la pression, elle change votre rapport à celle-ci. C’est souvent suffisant pour retrouver votre élan.

J’utilise souvent la technique du dialogue entre « la peur et la confiance », inspirée de Gregg Levoy. Écrivez une conversation entre ces deux facettes de vous-même, sans vous arrêter, pendant 15 à 20 minutes. La peur pourrait dire : « Je n’ai aucune idée de ce que je fais. » La confiance répond : « Tu n’es pas censé.e avoir toutes les réponses. » La peur reprend : « J’improvise tout. » La confiance demande : « Comment peux-tu apprendre à mieux naviguer dans l’inconnu? » Vous verrez qu’une voix plus posée et constructive finit par émerger. En l’écoutant, elle devient plus forte. Vous ne réprimez pas votre ressenti; vous l’accueillez avec curiosité plutôt que de l’éviter.

Créer un espace de soutien

L’entrepreneuriat peut sembler isolant, mais ce n’est pas une fatalité. L’une des meilleures façons de prendre soin de soi est de trouver un cadre pour parler honnêtement avec quelqu’un qui comprend la réalité de bâtir un projet dans l’incertitude. Un seul lien de confiance suffit.

Lors d’un récent atelier avec des entrepreneur.e.s de l’Accélérateur de croissance de Futurpreneur, dès qu’une personne a partagé son vécu avec authenticité, les autres ont suivi. La pression de paraître fort.e s’est dissipée pour laisser place au soulagement et à la clarté. (Un grand merci à Nalwanga Musisi de Karibu Mental Health pour l’animation de cet atelier). Si vous n’avez pas encore cet espace, l’écriture et la technique du dialogue mentionnée plus haut sont d’excellents points de départ.

Une pratique au quotidien

Les défis cités par les participant.e.s de l’atelier sont universels : stress financier, poids de l’incertitude et sentiment d’être submergé.e. Ce ne sont pas des problèmes temporaires qui disparaissent une fois « réglés ». Ils font partie du paysage entrepreneurial.

Il y aura toujours une part d’inconnu. Si vous attendez que ces défis s’évaporent, vous aurez l’impression d’échouer sans cesse. En les acceptant comme faisant partie du processus, vous pouvez vous concentrer sur votre réaction. Prendre soin de soi doit être une habitude de vie plutôt qu’une solution de dernier recours. C’est un point d’ancrage régulier pour rester stable, peu importe les conditions.

Au-delà du tout ou rien

Le modèle du « tout ou rien » prétend que vous êtes soit au sommet, soit en échec. Or la réalité est beaucoup plus nuancée. Certains jours, vous vous sentirez d’une efficacité redoutable et plein.e d’assurance; d’autres jours, vous vous sentirez dépassé.e ou dans l’impasse. Les deux états sont normaux quand on bâtit quelque chose sans mode d’emploi.

Le but n’est pas d’éliminer les moments difficiles, mais d’apprendre à les aborder autrement. Portez attention à ce qui se passe en vous, nommez-le, donnez-vous une marge pour l’accueillir et demandez de l’aide au besoin. Ne tentez pas de tout porter sur vos épaules comme si vous étiez infaillible, mais bâtissez quelque chose de significatif en avançant t avec authenticité , un pas sincère à la fois.

Dominik Loncar est accompagnateur en entrepreneuriat chez Futurpreneur. Au cours de la dernière décennie, il a mis à profit ses compétences pratiques et son expertise acquises en bâtissant trois entreprises et en gérant sa propre entreprise à vocation sociale pour guider de jeunes entrepreneur.e.s. Dominik croit que devenir entrepreneur.e est un changement d’identité transformateur et il a travaillé avec plus de 200 jeunes entrepreneur.e.s pour lancer des entreprises à vocation sociale et des entreprises traditionnelles et innovantes dans une multitude d’industries.   

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